Dernier conte

Aller en bas

Dernier conte

Message par ludopapa le Lun 11 Aoû 2008 - 14:19

Aujourd'hui j'ai appris que j'avais gagné le premier prix de la catégorie fiction du concours littéraire de la ligue régionale des clubs sportifs et artistiques d'Ile de france avec le texte ci après. Je reste lucide le nombre de participant devait être assez réduit (en fait je pense que nous étions en tout et pour tout 4 et que nous avons chacun gagné un prix Wink ).

Je pense pas que je gagnerai le national, enfin bon... Ca fait quand même plaisir...

Merci à ma maman, ma femme qui me supporte, les malheureux à qui j'ai fait lire et corriger cette horreur...



« Chaque jour qui passe me fait perdre un peu plus conscience de mon identité.
En attendant celui prochain où mon esprit ne luttera plus avec la volonté du Maître, mon dernier acte de rébellion consistera à coucher par écrit le récit de notre rencontre, à narrer assurément ce qui constitue la fin de notre monde.
Jusqu’à ce jour je n’avais jamais rédigé aucun de mes contes ni aucune de mes fables.

Je me prénomme Théobald Troubadour, ma vie d’avant je l’ai passé à sillonner les routes, derrière une vieille mule, à aller de tavernes de villages, en châteaux.
Seigneurs, gens du peuple et minots s’empressaient à la veillée pour entendre mes histoires peuplées de créatures fabuleuses ou maléfiques et de héros courageux.
Le Bien triomphait toujours du Mal et s’il y avait bien quelques instants d’effroi, les moments de joie et les rires étaient bien plus nombreux chez mon auditoire.
Ainsi en fût-il jusqu’à ce que le Maître et les siens tombent des étoiles.

C’était la fin de l’automne et je rejoignais la capitale de notre royaume espérant, comme à chaque année, échanger mes récits contre une place au coin du feu, lorsque j’appris l’incroyable nouvelle, lors d’une étape dans une auberge, de la bouche de commerçants rejoignant le littoral.

Venant du ciel, un oiseau de fer géant s’était posé dans la plaine au pied de la citadelle royale. Son ventre s’était ouvert, libérant des hommes au teint pâle, que notre suzerain, le bon roi Louis, s’empressa d’accueillir en sa demeure.

Fort intrigué et très enthousiaste à l’idée d’être parmi les premiers à mettre en scène cette épopée merveilleuse, je ménageais un peu moins mon fidèle destrier qu’à l’habitude, afin de rejoindre ma destination au plus tôt.
Il me fallut néanmoins pas moins de deux longues semaines pour arriver en vue des remparts de la grande ville.

Nombreux furent, sur le chemin, les colporteurs et routiers à me confirmer l’arrivée des « hommes de l’espace » et à me raconter également les évènements étranges qui suivirent.

Si récit il devait y avoir, assurément celui-ci aurait sa part de mystères, mais jamais je n’aurai pu imaginer qu’il traiterait d’une malédiction, d’un fléau qui venait de s’abattre sur nos contrées.
Ceci, je ne le devinais qu’une fois aux portes du monument ancestral où siégeait la cour, en entendant l’écho inhabituel des sabots de ma bête sur les pavés de la ville inhabitée.
A cet instant j’aurais sans doute encore pu fuir et laisser derrière moi ce qui ne tarderait pas à devenir un cauchemar, si par comble de malchance ma mule, jusqu’alors infatigable, ne s’était pas effondrée sous moi, m’emprisonnant la jambe, ajoutant à l’ambiance générale un nouveau signe néfaste.

Je tempêtais un moment, criant à ce que l’on vienne à mon secours sans obtenir de réponse, jusqu’à ce qu’un commis, à qui j’avais inculqué quelques rudiments d’écriture l’année précédente, passe là par hasard et réponde à mes cris.

Une fois dégagé, nous nous mîmes en route vers la demeure royale.
En m’appuyant sur mon sauveur qui y retournait, je m’enquérai de la situation : que se passait-il ? Le castel était-il la proie d’un mal contagieux pour paraître aussi vide et abandonné ? Où était passé l’ « oiseau de fer » ?

Le jeune garçon paru effrayé, ne sachant trop quoi me raconter, me suppliant de me taire de peur que mes questions n’offusquent les valets du Maître qui assurément observaient nos faits et gestes, on ne pouvait rien leur cacher selon ses dires.

J’essayais de le rassurer lui disant que manifestement nous étions seuls et isolés sur le chemin et que mes rapports avec le roi avaient été jusqu’ici fort amicaux, mais rien n’y fit.
Le soleil déclinait, et avec l’obscurité se faisant, sa peur ne cessait de grandir…
Je frémis moi-même en entendant des chiens sauvages hurler à la vision du disque lunaire montant dans le ciel.

Habituellement à cette époque, la capitale était en liesse, célébrant la fin de l’automne, qui coïncidait avec l’anniversaire de la princesse Aymeraude, mais en ce jour nul signe de festivités n’était visible.
Nous arrivâmes au cœur de la ville dans un palais aussi sinistre que l’étaient les rues parcourues depuis le mur d’enceinte.

A la poterne de l’entrée, aucun garde ne vint nous accueillir.
Le commis, me laissant prêt de l’âtre des cuisines où il venait d’embrocher un maigre lapin de garenne, après l’avoir dépecé grossièrement, me dit qu’il allait prévenir le maître de ma présence en ces murs.
J’espérais en moi même que le roi arriverait à m’expliquer ce qui se passait, m’étonnant quelque peu du manque de protocole.
En réalité, je ne le compris que plus tard, le propriétaire des lieux dont il était question n’était plus le même…

Un autre jeune garçon au teint maladif, que je supposais être un marmiton, à l’allure crasseuse, vint m’annoncer que l’on m’attendait dans la grande salle des banquets.
Je m’y rendis au plus vite en boitant ne voulant en aucun cas déplaire en faisant attendre mon hôte.

Ce que j’y vis ne fit que grandir en moi le malaise qui s’était insinué depuis le coucher du soleil.
Il y régnait un calme solennel, seulement troublé par les éclats du bois brûlant dans la cheminée.
Je vis avec consternation qu’on avait commencé à brûler le riche mobilier, dont il ne restait que le strict nécessaire afin d’attabler la triste assemblée qui m’attendait.
Le trône était vide, et la vision du roi Louis en guenille, assit sur un simple banc comme la reine et la princesse, et quelques serviteurs de ma connaissance, me glaça le sang, quant bien même il régnait une chaleur étouffante dans la salle.

Le « triste sire », d’une pâleur cadavérique comme l’ensemble des convives, m’invita à m’asseoir d’une voix désincarnée entre son épouse et sa fille.
Les deux femmes, telles de véritables gourgandines, ne cessèrent de me toucher, devisant quant à la chaleur de ma peau, posant de force mes mains en des endroits où la bienséance ne le permettait pas, se pâmant du bien être que leur procurait mon contact, m’embrassant avec passion de leurs lèvres glacées.
On pouvait observer dans leurs cous et en d’autres endroits habituellement invisibles mais qui étaient offerts à ma vision bien malgré moi, la présence de morsures violacées.
Je ne tardais pas à constater que tous étaient marqués de la sorte.
Des gouttes de sang perlaient encore à certaines de ces blessures, et je vis avec horreur le roi se pencher sur son voisin pour se repaître du liquide vital, en se passant la langue sur les lèvres.

L’entrée d’un nouveau personnage mit fin aux piaillements et aux comportements scandaleux de mes compagnons de table, qui firent silence et se tournèrent extatiques vers celui qui était manifestement devenu leur raison de vivre.

Pour la première fois, le maître m’apparut.

Je ne vis tout d’abord qu’un énorme colosse au crâne rasé, à la musculature impressionnante, et à la peau couleur de craie. Puis mon regard tomba sur la créature qu’il portait avec déférence, un être chétif, d’une blancheur incroyable ; la peau de la couleur de la neige la plus pure.
Nu comme un ver, il ne paraissait ni male ni femelle de par l’absence d’organes génitaux entre ses jambes et arborait des cheveux d’un roux détonnant.
L’ensemble de ce qui restait de la cour de Louis le bon se jeta aux pieds de cette chose qui ne leur renvoyait pourtant que mépris à travers son regard. Tous lui présentaient leurs gorges le suppliant de lui offrir « son baiser ».

Les pupilles de ses yeux étaient d’un rouge carmin extraordinaire qui, lorsqu’elles se fixèrent sur moi, me laissèrent imaginer un âge incommensurable.
Cet être venait du fond des siècles, des abysses du temps, et ce que je devinais également, alors que mes yeux n’arrivaient plus à s’en détacher, c’est sa nature malfaisante : il était l’essence du mal.

Je me mis à hurler comprenant l’irrévocable destin qui m’attendait au moment où deux autres géants se saisirent de moi et me poussèrent vers le Maître, m’arrachant mon pourpoint de laine pour offrir mon cou veineux.
Le vieillard souriait dévoilant deux canines proéminentes. On me maintint la tête de coté jusqu’à ce que je sentisse ses dents mordre ma jugulaire.

Je ne sais, si jamais personne n’eut l’occasion de décrire ce qui se passe dés lors qu’un vampire, une créature comme mon Maître, vous offre son baiser.

A ce moment là vous ne faites plus qu’un avec lui, vous touchez du doigt l’éternité, cet ultime cadeau qu’il a le pouvoir de vous offrir, un état auquel tant d’hommes aspirent.

C’est un moment de pur extase.

Vous voyez aux travers de ces yeux son histoire, et à coté, votre courte vie ne paraît rien, il a vécu et vu tant de choses.

Sur une lointaine planète, il avait été un prince roumain qui s’étant vu ravir son amour, s’était détourné d’un Dieu en bafouant volontairement ses commandements, et qui l’avait maudit en retour.

De par son parjure, il s’était vu offrir un destin diabolique.

Exilé du monde lorsque l’astre diurne y brillait, il s’était forgé un empire une fois la nuit tombée, s’alimentant du sang d’hommes et de femmes qui lui offraient leurs services espérant une place un jour à ses cotés.
Il était mort, le temps n’avait plus prise sur lui.

Un jour, après plusieurs siècles de solitude, il avait rencontré Carmilla Harker.

Devenu asexué, il avait cependant crû éprouver un sentiment qu’il avait cru pourtant ensevelit à jamais : l’Amour.

Il lui offrit l’éternité, en lui faisant boire de son sang altéré, et connu pour la seconde fois l’ironie divine.

Carmilla devînt folle, et fit absorber son hémoglobine transcendée tant et si bien, que les morts furent bientôt plus nombreux sur Terre que les vivants.

Le secret de l’éternité n’était plus l’apanage du seul Maître, les vampires se reproduirent de façon exponentielle, jusqu’à la guerre fratricide pour contrôler la ressource du précieux liquide vermeil.

Pour survivre, il fallut partir vers les étoiles.
Libéré du temps, le vampire ne craignait pas les distances, il trouva d’autres planètes humanoïdes, sur lesquelles l’histoire originelle se répéta sans cesse…


Le maître a ainsi écumé, plusieurs planètes, avant d’arriver sur notre monde dont il repartira une fois semées les graines de sa malédiction, à moins que ce ne soit avant tout pour fuir une horde de ces « enfants » illégitimes » voulant s’approprier l’endroit. Carmilla ayant par ailleurs juré sa perte.

Peut être aurais-je la chance, comme je le souhaite de tout mon cœur, d’être parmi ceux qui seront du voyage, car le Maître est désormais si âgé, qu’il lui faut être protégé durant son sommeil, dont il s’éveille de plus en plus affaiblit jusqu’à ce qu’il ingère le sang qui le vivifie et prolonge son existence.

Le Maître aime beaucoup que je lui raconte mes histoires et autres légendes, selon ces propres dires je le divertie. Peut être aurais-je l’infime honneur comme par exemple Stan Rice, un de ces gardes du corps, de devenir à mon tour un vampire éternel.
Quant bien même cela ne devait pas arriver, cela resterait un honneur que de vivre un moment à ses cotés à le servir.

En son hommage j’ai écris ces quelques feuillets.

Il a paru enchanté hier au soir lorsque je lui en ai parlé et m’a invité à continuer ce récit après m’avoir offert son baiser.
Les premières lignes déjà écrites lui sont parues indociles, mais il m’a dit en souriant de ne rien changer.
Ce que j’ai fait pour lui faire plaisir.

Il est mon Maître, il est tout pour moi.


Théobald Troubadour »

Document trouvé le 28 décembre 20256 sur un squelette de la planète Shambleau par le Sergent Whedon, du 5ème régiment des troupes aérospatiales lors d’une « mission de nettoyage ».
avatar
ludopapa
Admin

Masculin Nombre de messages : 860
Age : 44
Localisation : Eure et loir
Loisirs : Lecture
Date d'inscription : 14/10/2006

Voir le profil de l'utilisateur http://www.magic-blog.com/ludopapa/

Revenir en haut Aller en bas

Re: Dernier conte

Message par Fatal1ty le Lun 11 Aoû 2008 - 14:42

Le voilà ce fameux vampire Very Happy
avatar
Fatal1ty
Lecteur confirmé
Lecteur confirmé

Féminin Nombre de messages : 194
Age : 42
Localisation : Epinal - Vosges
Loisirs : Informatique, Lecture, JV, Décoration
Date d'inscription : 19/03/2007

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Dernier conte

Message par ludopapa le Lun 11 Aoû 2008 - 18:28

Fatal1ty a écrit:Le voilà ce fameux vampire Very Happy

Ah non c'est pas celui là, j'en ai plusieurs dans ma vie... Very Happy
avatar
ludopapa
Admin

Masculin Nombre de messages : 860
Age : 44
Localisation : Eure et loir
Loisirs : Lecture
Date d'inscription : 14/10/2006

Voir le profil de l'utilisateur http://www.magic-blog.com/ludopapa/

Revenir en haut Aller en bas

Re: Dernier conte

Message par Chris Duparc le Lun 11 Aoû 2008 - 20:24

Well done !!!

Bravo l'ami Laughing
avatar
Chris Duparc
Cannibal Lecteur
Cannibal Lecteur

Masculin Nombre de messages : 725
Age : 50
Localisation : Remiremont - Vosges
Loisirs : Lecture, Internet et... Ecriture ;o)
Date d'inscription : 25/06/2007

Voir le profil de l'utilisateur http://perso.orange.fr/cds.place/index.htm

Revenir en haut Aller en bas

Re: Dernier conte

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum