Les écoles anciennes du bouddhisme

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Les écoles anciennes du bouddhisme

Message par Laurette le Ven 15 Sep 2006 - 18:34

Les écoles anciennes


On regroupe sous l’expression "écoles anciennes" plusieurs courants du bouddhisme, nés en Inde même, au cours des cinq premiers siècles de son existence.

Lorsque le mouvement de réforme du "Grand Véhicule" (Mahâyâna) s’affirme, aux alentours de l’ère chrétienne, ces écoles n’en continuent pas moins de se maintenir. Pendant les douze à quinze siècles au cours desquels le bouddhisme restera présent en Inde, ces deux courants existeront côte à côte et continueront de se développer, s’influençant mutuellement, et se diffuseront conjointement à travers toute l’Asie. Au VIIIe siècle de notre ère, les pèlerins chinois qui se rendent en Inde constatent que ces écoles "anciennes" regroupent encore plus de la moitié des bouddhistes indiens.

Le qualificatif "anciennes" ne concerne donc que leur date d’apparition, mais non pas leur période d’existence et d’influence ! L’une d’elles, le Theravâda, est toujours existante aujourd’hui, au Sri-Lanka et dans toute l’Asie du Sud-est.

Nous connaissons ces écoles grâce aux textes qui ont pu échapper à la destruction lorsque, à partir du Xe siècle, les musulmans ont envahi l’Inde et ont systématiquement rasé les monastères et les bibliothèques bouddhistes. Ces textes, en effet, avaient déjà en partie été "exportés" dans d’autres régions d’Asie et conservés, soit dans leur langue originale (en sanskrit ou en pâli – une langue littéraire dérivée du sanskrit), soit sous forme de traductions (essentiellement en chinois et en tibétain, mais aussi dans des langues d’Asie centrale). Ces textes ne représentent qu’une infime partie de la littérature bouddhiste indienne.

On ignore quel était le nombre exact de ces écoles. On estime, après recoupement de divers témoignages, qu’il devait en exister environ une quinzaine (le chiffre le plus courant est de dix-huit). Elles sont plus ou moins bien connues en fonction du nombre des textes qu’on a pu leur attribuer. Pour certaines, nous disposons de l’intégralité de leur "canon", pour d’autres, seuls quelques ensembles de textes (le plus souvent le code de discipline des communautés monastiques – les "vinaya"). Mais, pour la grande majorité d’entre elles, nous ne disposons plus que de quelques textes épars, voire de simples extraits, ou même seulement des allusions qui apparaissent dans les textes des autres écoles…

On peut, à partir de ces éléments, les regrouper très grossièrement en quatre grands courants.

Chronologie des principales écoles anciennes

de 400 av. J.-C. jusqu'aux environs de l'ère chrétienne




1) Le mieux connu de tous est celui qui se réfère au canon transmis en pâli et rédigé à Sri-Lanka (Ceylan) aux alentours de l’ère chrétienne. Ce canon a été en effet conservé dans son intégralité par l’école singhalaise Theravâda (le mot "vadâ" peut être traduit par "école de pensée"), qui existe toujours aujourd’hui.
Nous appellerons ce courant celui du Sthaviravâda ("Ecole des Anciens" – le terme "thera" est la traduction en pâli du terme sanskrit "sthavira"). Nous conservons aussi le vinaya d’écoles proches de ce courant : Dharmaguptaka et Mahîçâsaka.

2) Un autre courant bien connu est celui de l’école Sarvastivâda, pour laquelle nous disposons d’un grand nombre de textes et beaucoup de témoignages, car ses thèses ont été abondamment discutées par les autres écoles. Le Sarvastivâda était surtout implanté dans le nord-ouest de l’Inde, au Cachemire et au Gandhara (une région couvrant à l’époque le nord des états actuels de l’Afghanistan et du Pakistan).
Il a disparu sous les coups de l’invasion musulmane, au début du deuxième millénaire de notre ère, après avoir donné lui-même naissance à plusieurs autres courants, notamment le Mula-sarvastivâda, dont nous conservons le vinaya, et le Sautrantika, qui en est issu mais qui s’en sépara sur certains points de doctrine.

3) Un autre courant s’appelle le Mahâsamghika ("Grande Communauté"). Nous disposons sur lui de plus de témoignages que de textes originaux. C’est, de toutes les écoles anciennes celle qui se sentit la plus proche du nouveau mouvement du Mahâyanâ. Elle en resta cependant distincte pendant de nombreux siècles puis perdit de son importance et disparut, peut-être tout simplement en se fondant dans les écoles du Mahâyâna.

4) Le dernier courant resta longtemps l’un des plus importants en Inde et comptait, au VIIIe siècle, presque autant d’adeptes que toutes les écoles du Mahâyâna confondues. Il s’agit du Pudgalavâda, dont nous ne conservons que trois textes en traduction chinoise ainsi que le vinaya d’une sous-branche de ce mouvement, le Sammatiya. Ce courant fut très violemment combattu par l’ensemble des autres écoles, tant "anciennes" que du Mahâyâna, pour des idées qui semblaient trop proches du brahmanisme. Cette école a elle aussi disparu, sans doute en se fondant dans l’hindouisme.



Toutes ces écoles semblent avoir eu en commun un grand nombre de textes, notamment ceux qui regroupent les enseignements du Bouddha sur la Doctrine, recueillis dans les sûtra.
Elles se distinguent en revanche, mais sur quelques détails seulement, dans leur code de discipline monastique, les vinaya.
Leurs différences les plus marquées portent sur les commentaires et les développements philosophiques que chacune d’elles développa à partir des sûtra et qui sont présentés dans les abhidharma.

L’ensemble de ces trois recueils de textes (sûtra, vinaya et abhidharma) forme le "canon" de chacune de ces écoles, appelé "Trois Corbeilles" (tri-pitaka) parce que les textes étaient censés avoir été rédigés sur des feuilles de palmes, réunies et conservées dans différents paniers.


Seule l’école Theravâda, parce qu’elle était implantée à Ceylan (hors d’atteinte des musulmans et de la réforme brahmanique), s’est maintenue jusqu’à aujourd’hui et a essaimée par la suite dans toute l’Asie du Sud-est. Elle ne représente qu’un seul de ces différents "courants" du bouddhisme ancien : celui du Sthaviravâda - vibbhajyavâda.

D'autres écoles anciennes se sont maintenues à travers leur vinaya : les écoles tibétaines actuelles suivent toujours la règle monastique (vinaya) du Mûlasarvâstivâda et les écoles de l’aire chinoise (Chine, Taïwan, Viêt-Nam) celle du Dharmaguptaka.


Source : Les cours d'introduction au bouddhisme de l'Université Bouddhique Européenne
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